Les ombres de la personnalité embrouillent notre sexualité

Les ombres de la personnalité embrouillent notre sexualité

 

L'exemple précédent de la honte nous a familiarisés avec le fait que certains traits négatifs inscrits dans notre inconscient viennent s'interposer de façon inattendue et intempestive dans notre vision et notre pratique de la sexualité. La relation sexuelle peut mettre à jour des accumulations émotionnelles et des préjugés qui l'empêchent de se développer librement, obscurcissant sa fonction originelle. Par exemple on peut rencontrer: perte de sens, incapacité à s'abandonner, culpabilité, interdiction du plaisir, peur de déplaire, jugements négatifs sur le corps et la sexualité, et d'autres que nous décrivons ici.

 

 

La peur d'être soumis à la femme

 

La plupart des hommes portent les stigmates de leur relation avec leur mère. S'ils ont eu la chance d'avoir une mère qui leur a accordé toute sa confiance, si elle a reconnu en eux une graine de vie qu'elle a arrosée et laissé croitre selon sa nature, ils ont été magnifiquement préparé à une vie et une sexualité épanouies. Mais si le garçon a été soigneusement surveillé et contenu dans un espace étroit de liberté au nom de sa sécurité, si sa mère désirait le garder pour elle et lui demandait constamment des marques d'attention, ou si elle le modelait selon la vision qu'elle avait d'un homme, alors la mère est devenue une menace pour le garçon qui, devenu adulte, aura probablement des craintes inconscientes de s'abandonner vraiment à une femme dans la relation sexuelle.

S'abandonner à la femme résonne pour lui comme se soumettre au féminin. Il ne peut le faire que jusqu'à un certain degré et conserve une vigilance et un réflexe de contrôle. Mais il a toujours le pouvoir d'en prendre conscience et de décider de le transformer, avec l'aide de sa partenaire.

 

Beaucoup d'hommes ont peur d'être engloutis par la puissance de la femme. C'est une peur ancestrale, qui est transmise à l'homme depuis des siècles dans la société occidentale. C'est cette peur qui a entrainé les hommes à reléguer la femme au second rang, à la minimiser, voire l'humilier et la détruire. De ce fait, le féminin qui à l'origine s'offre généreusement, s'est recroquevillé en quelque chose de protégé, de secret, de mystérieux, qu'on ne peut plus voir en face, en toute transparence. Ce côté sombre et inconnu lui donne un aspect encore plus menaçant et ne fait que renforcer la peur.

 

L'aspect sombre et mystérieux du féminin qui se protège a généré certains fantasmes angoissants pour l'homme qui se représente la femme comme une castratrice, une mangeuse d'hommes. Il révèle ainsi qu'au fond de lui, il reconnait qu'elle peut exercer un pouvoir sur lui et le soumettre à ses désirs, même s'il affiche le contraire extérieurement. Sur le plan du fantasme sexuel, le vagin avale le pénis et le maintient sous son pouvoir. Il existe une imagerie dans laquelle le vagin est pourvu de dents. LeVagina dentata apparait dans les mythes de presque toutes les cultures quelle que soit la religion dominante. Encore récemment (2008), le film Teeth de Mitchell Lichtenstein met en scène un jeune fille qui découvre que son vagin mord quiconque souhaite en abuser.

 

 

Le ressentiment envers l'homme

 

La femme peut avoir de nombreuses raisons d'en vouloir à l'homme. Elle porte les stigmates de la relation avec son père, qui peut lui avoir manqué d'amour (froideur, absence, autoritarisme, séduction, humiliation, violence, ou à l'inverse héros ou sauveur irremplaçable...). Elle est aussi marquée par des siècles de domination masculine où elle a été rabaissée et violentée.

 

Nombreuses sont les femmes qui ont subi des abus sexuels sous une forme ou une autre, parfois seulement en intention, mais nettement ressentie comme une intrusion. Les cas les plus fréquents se produisent avec des proches de la famille ou des connaissances, mêlés à des sentiments ambigus et coupables si une certaine amitié ou estime a pu se développer antérieurement avec l'abuseur. Un grand nombre de ces femmes se sentent salies et éprouvent de la honte. Ces épisodes sont inscrits en elles comme une terreur de l'homme, ou une trahison, avec parfois un désir de vengeance inconsciente. Très souvent, la femme oublie cet épisode d'abus, car il était trop douloureux de le supporter. Son esprit s'en est protégé en l'oubliant.

A l'occasion de l'union sexuelle, ces sentiments négatifs peuvent ressurgir sous une forme détournée. Par exemple par le manque de désir ou par des dérèglements organiques comme la vaginite.

 

Le manque de désir résulte parfois de mécontentements dans la vie de couple. Un exemple: la femme est déçue par son conjoint parce qu'il est souvent absent de la maison. Le manque de désir est sa punition inconsciente envers l'homme.

 

 

Les jeux de manipulation et de séduction

 

Une femme peut accepter de faire l'amour avec son partenaire, même si elle n'en pas envie, par peur de ne plus être aimée si elle refuse. Elle espère donc qu'en échange son partenaire lui sera reconnaissant et lui procurera sécurité et amour. Si, malgré son peu d'enthousiasme, elle accepte en riant, sur un mode ludique et aimant, cela ne crée aucune gène. Où la difficulté nait, c'est si elle accepte contre son gré, avec amertume. Quant à l'homme, il joue un jeu comparable s'il réagit avec colère ou amertume au refus de sa partenaire. L'amertume va ronger le couple.

 

Généralement, nous sommes conditionnés depuis l'enfance à ne recevoir des gratifications et de l'attention de la part de nos parents que si nous satisfaisons à leurs exigences. Par exemple, si nous leur sourions, si nous sommes sages, silencieux et immobiles, si nous avons de bonnes notes scolaires. Cela s'appelle de l'amour conditionnel, parce qu'on reçoit l'amour sous condition, ce qui à vrai dire n'a rien de l'amour. C'est un marché, un commerce: tu me donnes ton attention, même si tu n'en as pas envie, et alors je te gratifie aussi de mon attention ou d'un cadeau.

 

Adultes, nous fonctionnons encore beaucoup à notre insu selon ce marchandage, par conditionnement. Nous acceptons de faire des choses parce que nous pensons que nous en serons gratifiés par de l'argent, de la considération ou par l'estime des autres. Il se peut que la relation sexuelle intervienne aussi dans ces transactions. En acceptant de nous comporter en désaccord avec notre nature profonde ou notre être intérieur, nous ne sommes plus vrais, nous nous trahissons nous-mêmes et nous trompons l'autre. C'est au fond une manipulation subtile et inaperçue.

 

Manipuler, c'est manœuvrer pour amener l'autre à agir selon notre souhait, par exemple par la séduction, en le "prenant par les sentiments", par la menace (de ne pas accéder aux désirs de l'autre, etc.). Nous le faisons presque instinctivement sans nous en rendre compte, par conditionnement.

Il n'y a pas lieu de nous culpabiliser si nous découvrons que nous avons employé une dose de manipulation. Il suffit juste de repérer le jeu, de le reconnaitre, d'en parler à l'autre et d'en rire.

 

 

Virilité et valorisation

 

Beaucoup d'hommes se sentent diminués si leur pouvoir érectile est en défaut. Ils placent leur valeur dans leur sexe. S'il n'est plus viril, l'homme ne se sent plus un homme, il a l'impression de ne plus servir à rien, il ne se sent plus rien. Le terme d'impuissance qui a été adopté pour décrire cette perte est très pernicieux, car il suggère que l'homme a perdu sa puissance propre.

 

Ceci provient d'une incompréhension de la nature de la puissance et du pouvoir. L'homme ressent son sexe comme un bâton de pouvoir qu'il peut exercer sur la femme et la conduire là où il ou elle veut. Il s'efforce d'être à la hauteur pour produire le résultat voulu. Si ce pouvoir s'arrête, il est perdu.

 

L'homme doit comprendre que la relation sexuelle n'est pas une démonstration de compétence, mais l'échange mutuel d'amour et l'écoute de l'autre. Il doit réfléchir sur la source de sa puissance et réaliser qu'elle n'est pas le pouvoir sur l'autre, mais une source de vie intérieure. Alors, il verra ses énergies se modifier et un autre type de puissance se développer en lui.

 

 

 

 L'obsession de l'orgasme

 

Beaucoup de personnes s'imaginent qu'une relation sexuelle réussie doit conduire les deux partenaires vers l'orgasme. Cette image est encouragée par les médias en tous genres et certains ouvrages de sexualité. L'orgasme est considéré comme le but à atteindre et la relation sexuelle se transforme en une stratégie pour arriver au résultat final, stratégie appuyée par des méthodes à suivre.

 

Dans notre société dominée par l'homme, la nécessité pour la femme de connaitre l'orgasme et pour l'homme de le provoquer a causé un grand tort aux deux sexes. C'est loin d'être la façon la plus habile et la plus efficace d'amener les femmes à la jouissance. Cela marche peut-être dans les films pornos (dont la prétendue intrigue n'a pour but que d'exciter les fantasmes masturbatoires chez l'homme), mais cela ne donne en aucun cas aux hommes et aux femmes une image réaliste de l'orgasme et de la manière de l'atteindre. (L. L. Paget, L'orgasme sans tabou)

 

Dès lors qu'on vise un résultat, on se juge en terme de réussite ou d'échec: j'ai obtenu ou non (j'ai été capable d'obtenir ou non) le résultat attendu.

Beaucoup de gens se refusent des rapports sexuels libres et aimants, même s'ils n'en ont pas conscience, parce qu'ils abordent la sexualité en termes de résultats... Non seulement nous "évaluons" la "réussite" du rapport sexuel, mais nous considérons le plaisir physique comme son but principal. Le plaisir est une chose naturelle mais aussi incertaine. (D. Chopra, Le chemin vers l'amour)

 

Si vous tentez d'atteindre un objectif, vous vous attachez à la réussite en espérant en obtenir la récompense. Reconnaissez-vous ce schéma de fonctionnement? Il est aussi présent en-dehors du champ sexuel, n'est-ce pas? Dans ce cas, vous vous fabriquez une tension mentale pour "y arriver" et cela crée un frein à la libre circulation de votre énergie, et donc une entrave à l'orgasme qui est abandon complet à soi-même. Autrement dit, vous obtenez le contraire de ce que vous voulez. La tension n'apparait pas si vous acceptez que le but ne soit pas atteint. Toutefois, le mieux est de ne plus avoir la vision d'un but quelconque, et d'accueillir ce qui se présente dans vos corps.

 

Avoir la vision préalable d'un point d'arrivée, c'est passer à côté de bien d'autres expériences enrichissantes. Lorsque vous décidez de marcher pour atteindre coute que coute le sommet d'une montagne, vous concentrez votre énergie et votre attention vers cet objectif. et vous ignorez ce qui vous est offert tout au long du chemin. Vous négligez la sensation du toucher d'un rocher, la bénédiction d'une eau de source, la méditation en face d'un paysage inspirant.

Vous ne prêtez pas attention à l'opportunité qui s'offre de prendre un autre chemin, qui ne vous conduira pas au sommet comme vous l'avez programmé, mais vers un paysage inconnu, surprenant et régénérant. La sexualité n'est pas une entreprise.

Dans la sexualité épanouie, nous accueillons ce qui vient comme un ami

qu'on reçoit. Nous nous laissons guider par le corps, ses sensations, et par nos sentiments.

 

 

S'évertuer à satisfaire le/la partenaire

 

Vouloir satisfaire sa/son partenaire est un autre objectif que l'on se donne fréquemment, mais il est fondé sur quelques illusions.

Il est normal que vous souhaitiez que votre partenaire trouve de la joie et du bonheur dans la relation sexuelle et qu'il/elle soit comblé(e). C'est la manifestation de votre amour. Vous lui donnez votre amour, votre attention, votre écoute, votre disponibilité, votre présence. C'est un immense cadeau. C'est votre don.

 

Mais il ne vous appartient pas d'en évaluer ou d'en garantir les effets. Vous avez apporté votre part, le reste appartient à l'autre, cela dépend de son alchimie intérieure personnelle, de son histoire, de ses pensées, de ses peurs, de ses désirs. Vous devez réaliser que vous n'avez pas le pouvoir de l'amener à ce que vous souhaitez pour elle/lui.

 

Réfléchissez aux conséquences que cela entrainerait si vous en aviez le pouvoir. Cela signifierait que vous pourriez façonner l'autre selon votre vouloir... pour son bien, évidemment... du moins son bien tel que vous le concevez ! Où est sa liberté ?

 

Réciproquement, vous ne pouvez pas exiger de l'autre qu'il crée vos sentiments de bien-être, car il n'en a pas le pouvoir. Il peut seulement y contribuer, mais en définitive, vous seul pouvez créez votre état de bonheur (voir Le pouvoir des émotions).

 

La tendance à s'efforcer de satisfaire l'autre sexuellement est l'expression particulière de l'idée erronée qu'on se fait couramment dans notre société occidentale d'une relation de couple. Selon cet idéal, il reviendrait à chacun de combler les besoins de l'autre, son besoin le plus impérieux étant celui d'être aimé et apprécié. Habituellement le couple est fondé sur l'espoir illusoire d'étancher ce grand besoin.

 

Il est peut-être difficile de comprendre où se situe le défaut de cette conception, car il est clair que le couple n'a de sens que si les partenaires s'échangent appréciation et amour. Le défaut s'insinue dans le fait d'attendre de l'autre qu'il nous rende heureux. Nous sommes dans la demande plus que dans le don. C'est comme si nous lui demandions de guérir notre passé, nos vieilles blessures d'amour. Nous nous imaginons que l'autre a le pouvoir de faire naitre nos sentiments de joie, alors que ce pouvoir existe en nous-mêmes. Par là, nous remettons notre propre pouvoir à l'autre. En conséquence, lorsque notre attente n'est pas satisfaite, nous sommes dans la frustration et le ressentiment, et nous en faisons le reproche à l'autre. C'est tellement fréquent, vous connaissez? Or nous avons le pouvoir de guérir nous-mêmes notre passé, ce qui nous permet de rencontrer l'autre sur des bases bien plus solides et enrichissantes. (voir Hommes et Femmes)

 

Inversement, nous pensons être en mesure de créer un sentiment de joie chez l'autre, en être responsable, alors qu'en réalité, c'est lui-même qui s'ouvre à la joie. En cas d'échec, cette charge que vous vous donnez pourrait vous créer de la sous-estime ou de la culpabilité. Vous n'êtes pas responsable des sensations de l'autre.

Par contre, vous avez le pouvoir et la responsabilité de vos propres pensées et sentiments. Vous pouvez créer une atmosphère de respect, d'amour, de communication, d'échange profond, de tendresse et de joie.

 

 

Accueil et dialogue

Si nous souhaitons avoir une sexualité joyeuse, simple et légère, il est essentiel de nous dégager de ces sentiments dérangeants et de ces pensées enfermantes.

Comment les gérer?

La première chose est de prendre conscience de leur présence active et de les accueillir sans aucun jugement. Ne les repoussez pas. Accueillez vos émotions et accueillez celles de l'autre. Soyez-en témoin et restez dans la bienveillance et l'humour pour vous-même et pour l'autre.

 

Si une réaction vous agace, vous perturbe ou vous choque, osez en parler avec votre partenaire avec franchise, courage et sincérité. Vous évoluerez dans le dialogue. L'amour est une évolution. La communication est nécessaire pour exprimer à l'autre qui vous êtes, ce que vous souhaitez, ce que vous ressentez, comment vous réagissez. Dites ce que vous pouvez accepter et ce que vous ne pouvez pas. Sinon vous risquez que l'autre ne s'en rende pas compte.

 

Malheureusement, le plus souvent, on est loin d'une communication aisée et franche. La communication authentique se heurte aussi à des peurs et des sentiments négatifs. Si c'est trop difficile pour vous, ou si votre partenaire refuse d'engager une conversation, vous pouvez lui proposer de lire cet article et d'en discuter. Vous pouvez en parler à quelqu'un d'autre qui sait vous écouter sans jugement, ou aller consulter un thérapeute . ( Via le Formulaire de contact ou directement par tél pour rdv )


 Alain Boudet

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